02.12.2010
Qui est l'ARMID ?
Saïd Bouamama le président de L'ARMID nous accueille tout sourire malgré notre retard. Il nous conduit dans les locaux de son association où nous attend une partie de son équipe, de jeunes hommes visiblement heureux et fiers de nous rencontrer. Et ils ont raison de l'être, car une fois encore je suis impressionnée par leur dynamisme et leur motivation dans un contexte où il est de plus en plus courageux de vouloir défendre le droit des migrants!
Cette association se compose de 7 bénévoles dont 3 femmes. Ce sont de jeunes chercheurs et des juristes, certains dans des domaines en lien avec la thématique des migrations d'autres pas. Le président, lui, est diplômé de sciences politiques et de relation internationales, il a rédigé un mémoire sur les frontières; est un ancien membre du réseaux Chabaka ( réseau des associations du nord du Maroc) ainsi que de la Plateforme Migrants, (réseaux créé en 2004, entre associations françaises et marocaines en collaboration avec le HCR, cette plateforme s'est éteinte en raison de différences de mentalités et problèmes de leadership, problème lié à la centralisation,..) Une fois encore notre rencontre et nos conversations sont pour nous l'occasion d'évoquer les difficultés de la société civile marocaine à s'unifier et à échapper aux tentatives d'instrumentalisation politique. bien que certaines subtilités nationales nous échappent à ce sujet, cela nous rappelle un peu notre bon vieux pays..)
Said nous raconte le contexte dans lequel son association a été créée puis a évolué.
Ce n'est qu'à partir des années 1990 que l'on a vu arriver des migrants subsahariens au Maroc. De nombreuses associations se sont alors mobilisées pour leur venir en aide. En 2004 il y eut une attaque dans la forêt de Mesnana(?), aux abords de Tanger où vivaient de nombreux migrants. Ceci se sont alors dispersés et ont changé de lieu. En octobre 2005, plus de quinze migrants d'origine subsaharienne sont morts sous les coups et les balles de militaires espagnols et marocains, alors qu'ils tentaient de franchir les barrières militaires qui séparent le Maroc des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Ces évènements ont été particulièrement traumatisant tant pour les migrants, que pour leurs défenseurs. Ils sont d'ailleurs sans cesse évoqués lors de nos rencontres avec les associations. Certaines d'entre elles se sont créés à ce moment là, d'autres ont accentué leur mobilisation sur ce thème.
Depuis 2009, la crise économique vient s'ajouter aux conséquences néfastes des politiques migratoires européennes sur les conditions de vie des migrants. Les cadres associatifs de l'ARMID en particulier et ses étudiants chercheurs ont rapidement réagit face à ces nouvelles circonstances. Ils militent pour « des droits de l'Homme effectifs « sur les deux rives de la Méditerranée »: il s'agit de créer un espace de dialogue et de recherche en Méditerranée sur le phénomène migratoire, de favoriser la coopération entre les universités afin de développer une connaissance scientifique, d'encourager la participation citoyenne et la solidarité envers les migrants et les demandeurs d'asile, de soutenir les initiatives solidaires et de développement.
Outre des activités classiques de soutien aux migrants, telles que le conseil juridique et l'aide humanitaire, l'ARMID mène des activités de sensibilisation et de plaidoyer. Elle encourage le dialogue interculturel entre d'une part la population marocaine et subsaharienne, d'autre part entre migrants anglophones et francophones, (organisation de match de football, de chantiers environnementaux). Elle propose également des cours d'espagnol, et prévoit de créer une médiathèque.
L'ARMID anime des discussions sur l'immigration illégale des marocains dans les lycées, notamment en les informant sur la situation des migrants en Europe. Après la crise de nombreux marocains ont décidé de revenir au Maroc. Les juristes et chercheurs de l'ARMID ont travaillé sur ce changement et encouragent les jeunes à se former et leur montrent qu'ils peuvent s'en sortir ici, au Maroc.
Notre discussion avec les membres de l'ARMID, porte ensuite plus spécifiquement sur la ville de Tanger. Tanger a toujours été une ville accueillante et cosmopolite, cela fait partie de la culture.
Il existe des quartiers plus spécifique liés à l'immigration qu'il s'agisse de l'exode interne des populations rurales ou de migrations internationales. L'un de ces quartiers ?? Sur lequel l'ARMID intervient, abrite entre 250 et 300 migrants, qui sont en majorité des hommes
Une fois encore les discours sont assez variables en ce qui concerne l'accueil réservé aux migrants par la population marocaine: elle peut tout aussi bien se montrer solidaire et généreuse que raciste et profiteuse (équivalent de nos marchands de sommeil). Pour illustrer cette solidarité envers les migrants de la part de la population Tangéroise, Said Bouamama nous raconte l'aide apportée à la préparation des funérailles d'un Sénégalais mort trois jours après son arrivé à Tanger. Il s'agissait du premier étranger enterré au côté des marocains. Une plaque commémorative a été déposée afin que l'on se souvienne de la mort de cet homme et de la solidarité de la population à cette occasion.
L'industrialisation a fait de Tanger un important bassin d'emplois aussi bien pour le reste du Maroc que pour les immigrés. Biensûr, les conditions de travail sont particulièrement déplorables pour ces derniers : Said nous livre l'exemple de Cocacola qui emploi des immigrés à de moindres conditions de travail que celles réservées aux marocains mais les migrants travaillent majoritairement de manière « indépendante ». Les sénégalais et sénégalaises font du commerce de manière informelle; ils n'ont pas besoin de visas pour entrer au Maroc et font des allers-retours au pays afin de jouer sur la durée d'autorisation de séjour touristique. D'autres migrants travaillent dans l'économie souterraine et ont moins de contact avec la société civile marocaine.
Il n'y a quasiment pas de migrants d'autres origines que subsahariennes à Tanger, en revanche il y a des Algériens pour lesquels il est plus facile d'obtenir de faux passeports marocains...
D'après l'ARMID, la loi 02-03, adoptée par le Maroc pour répondre aux incitations européennes, ne respecte certes pas les droits des migrants aussi bien qu'ils devraient l'être mais contient certaines mesures qu'il convient de faire appliquer notamment en ce qui concerne les droits de la défence: saisine du juge, présence d'un traducteur, rédaction d'un procès verbal...
Il est bon de rappeler qu'avant la création de l'espace Schengen (En Europe!!!) l'émigration (en Afrique...) se faisait sans visas et était beaucoup plus facile!
Les migrants expulsés le sont soit vers le nord du Maroc (Oujda), soit vers le sud (Tamanraset) en plein désert du Sahara. Selon qu'ils soient demandeurs d'asile ou migrants économiques ceux qui s'échappent se rendent à Rabat (où se trouvent le HCR et les ambassades), ou bien à Tanger, Tétouan (ou plus au sud).
Là encore le courage et la persévérance de la société civile se fait sentir: malgré les difficultés que cela implique les associations tentent d'organiser un réseau de résistance et de solidarité en cas d'expulsions. Ainsi trois semaines avant notre arrivée ici, 52 personnes ont été déportées à la frontière algérienne, elles ont pu en informer l'ARMID qui a contacté l'ABCDS à Oujda qui les a aidés à regagner Tanger.
En 2007 Médecins Sans Frontières à quitté Tanger, Médecins du Monde n'y est pas présent non plus.
On ne peut qu'encourager ces jeunes militants dans leur engagement pour plus de justice, d'humanité et de solidarité sur les rives de la Méditerranée.
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Notre premier jour
24/10/2010
Cela fait à peine 24 heures que nous sommes arrivés au Maroc, et il y a déjà tant de choses à raconter!
Pour l'instant je ne me sens pas trop dépaysée et plutôt à l'aise. C'est à la fois agréable et étrange de se retrouver sur un autre continent à bord d'anciens train de la sncf, à consulter des tableaux d'affichage d'horaires mécaniques et d'arriver de nuit dans une ville ou le mobilier urbain me rappelle Nice, l'Italie du Nord et la Grèce d'il y a une dizaine d'années.
Un accueil chaleureux et souriant d'Hicham Baraka à l'aéroport de Casa et de la soeur de ND de la Paix où nous sommes hébergé, que nous avons dû réveiller en pleine nuit et nous voilà d'appoint pour une bonne journée de rencontres et de découverte de notre nouvel environnement.
La messe à laquelle nous assistons à la Cathédrale est particulièrement enthousiasmante: elle transparaît de gaité. Le prêtre entame son office par un petit sondage: nous sommes invités à nous lever à l'appel de la première lettre de notre nationalité; 31 nationalités sont représentées, aucun marocain, une très bonne entrée en matière pour notre immersion.
L'après-midi nous rencontrons le père André Joguet, vicaire général de Rabat et Vincent Sibout, président de Caritas Maroc depuis 5 ans.
Il nous explique qu'il y a environ 25 000 catholiques et 90 nationalités différentes ! Bien entendu, aucun chrétien n’est marocain.
Qui compose alors les bancs des églises ?
• Les Pieds noirs (originaire de Sicile, Espagne, Italie, France)
• Les expatriés d’Europe (monde diplomatique ; travailleurs)
• Les étudiants subsahariens issus de l’Afrique francophone, lusophone et hispanophone)
• Les épouses chrétiennes dont les maris sont marocains musulmans
• Les migrants subsahariens.
Il y a une bonne coopération entre musulmans et chrétiens. Ces derniers ne cherchent pas tant le dialogue inter religieux qu’un partage de vie amenant nécessairement à une relation fraternelle unifiante. Il existe cependant des GRIC (Groupement de Recherche Islamo Chrétienne) rassemblant des intellectuels.
Il est intéressant à remarquer que le gouvernement encourage la création de structures éducatives (écoles, collèges, lycées) catholiques. Une des particularités de ces établissements est qu’il n’y a pas de catholiques mais qu’ils sont simplement gérés par l’Eglise locale.
Situation des migrants au Maroc :
95 % des migrants sont en situation irrégulière. D’après les sources, il y aurait entre 10 et 15 000 migrants au Maroc dont 800 ont une carte de réfugié délivrée par le HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés) et 800 autres en cours de demande d’asile.
Il y a une quinzaine d’année, 90% des réfugiés étaient des hommes. Actuellement, il y en à 70 % et de nombreux enfants mineurs non accompagnés (d’après les fréquentations des centres de Caritas).
En 2009, il y a eu 1200 retours volontaires au pays (source : OIM – OFFI français).
Depuis 2003, une loi est passée en faveur des migrants en situation irrégulière : ils ont le droit de consulter gratuitement dans les hôpitaux public. En revanche, les médicaments ne sont pas pris en charge, ce qui est encore un gros frein.
Présentation de Caritas
Vincent Sibout nous a brossé rapidement ce qu’était la Caritas Maroc qui se veut être une passerelle sociale entre musulmans et chrétiens.
CARITAS MAROC comprend deux délégations : Caritas Tanger (historiquement davantage en lien avec Caritas Espagne) et Caritas Rabat (historiquement davantage en lien avec Caritas France, Suisse, Allemagne et Italie).
Ces deux délégations comportent des équipes locales (une dizaine en tout) qui travaillent chacune sur des projets locaux ou en soutient pour les urgences internationales (tremblement de terre en Haiti etc.)
Concernant la délégation de Rabat, entre autre de leurs nombreux projets, ils y a le projet CAM (Centre d’Accueil des Migrants).
Ce centre est composé de trois unités :
• psycho sociale : pour aider à résoudre les problèmes de logements, de nourriture, d’aide au retour. Cette unité accompagne notamment ceux qui le souhaitent vers des mini activités génératrices de revenu.
• Santé avec un volet nutritionnel, recherche d’identité d’un migrant décédé et accompagnement des familles en deuil, don de médicament (en baisse)
• Education non formelle : activités pour les enfants, préparation à l’école marocaine pour les 4 -6 ans, activités éducatives de base pour les plus âgés, cours d’alphabétisation (français et arabe) pour les adultes. Des activités spéciales sont proposées aux femmes comme la couture, coiffures esthétiques, partage de recette de cuisine, décoration dans le but de favoriser la rencontre des femmes souvent très seules.
Au total, durant 4 demi-journées par semaine, une centaine d’enfants et 50 adultes fréquentent le centre.
L’objectif du CAM est qu’il soit repris par les marocains eux-mêmes.
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19.11.2010
L'antre deux
De la méditerranée, à l'océan atlantique
Des riches palais, aux quartiers défavorisés
Du patrimoine d'antan, aux blocs de ciment identiques
Des ruelles escarpées, aux boulevards standardisés
Des regards vifs, aux yeux révulsés,
Des soupçons hâtifs, à de l’empathie spontanée,
De la fierté de partir
A la honte de mendier
De la soif de réussir
A la sensation de stagner
D’un idéal rêvé, aux réalités partagées
De l’alevin incrédule, au capitaine férule
De simples convenances, à des mois de souffrance,
Des kilomètres de murs, à quelques encablures
Tanger,
Ville de souffrance,
D«âme» emprisonnée
En attente de délivrance
Dirham en poche
Terre promise,
Si proche
Et si méprise
La fragilité de migrer où tout peut basculer.
En hommage à tous ces héros de l'ombre, plongés dans cet entre- deux, en quête de liberté.
Clara
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